Les mammifères

Je suis un lion :

Je suis un lion. Bon, pas encore un vrai Lion, j’ai 2 ans et n’ai pas encore atteint ma maturité sexuelle mais, j’ai quelques poils un peu long qui commencent à me pousser sur le cou.

Comme je commence à être un peu costaud, j’accompagne maman et mes tantes à la chasse. D’accord, je ne suis pas très performant, souvent je fais n’importe quoi ; je pars trop tôt, j’écoute rien des instructions, et à cause de moi on revient souvent bredouille, mais c’est plus fort que moi, ça m’excite toutes ces bestioles qui cavalent dans tous les sens, je ne peux pas me retenir de leur courir après, il parait que c’est l’instinct qui parle et que ça ira mieux après, je vais ma calmer.

Je vis dans une troupe de  9, j’ai 1 sœur jumelle, déjà super efficace à la chasse, et deux cousins plus jeunes qui sont nuls, d’ailleurs ils restent dans un coin quand on va chasser. Au quotidiens ils sont pénibles les petits, sans arrêt à faire du bruit et à jouer avec ma queue qui gigote quand je dors, ça me réveille et ça m’énerve !

 Maman a deux sœurs. A elles trois, elles font tout le boulot ; la chasse, l’éducation des jeunes, la protection du clan contre les méchantes hyènes qui veulent toujours nous piquer nos repas quand les papas sont pas là,  sans compter qu’elles doivent aussi être disponibles dès qu’ils rentrent et veulent faire crac crac.

 Mon papa, c’est le chef du clan, et c’est tant mieux parce que j’ai entendu dire que dans les groupes ou le chef était pas le papa des jeunes, il avait la fâcheuse tendance à vouloir les  liquider pour assurer sa descendance et la soumission sexuelle des femelles, mais bon, c’est sans doute des racontars.

Avec son frère, la plupart du temps, ils ne font rien, ils mangent les premiers et si on essaye de casser la croute en même temps qu’eux, ils nous mettent deux claques (les claques de papa, ça fait mal !).

Ils urinent aussi à droite à gauche pour marquer leur territoire, font crac-crac quand les femelles sont bien disposées et qu’elles n’ont plus d’enfants en bas-âge.

Mais moi, je préfère quand même quand ils sont là, c’est plus rassurant de les avoir sous la main pour éloigner les lions errants qui reluquent maman et mes tantes. Quand ils débarquent ceux-là, c’est la baston et il vaut mieux ne pas trainer dans le coin. Papa et son frère doivent défendre le clan qu’ils ont déjà eu du mal à l’obtenir et pour ça, une seul solution, écrabouiller l’adversaire, lui faire passer l’envie de revenir en lui lassant des blessures tellement vilaines qu’il ne s’en remette jamais, certains en meurent il parait.

Globalement on dort toute la journée, au moins 20 heures par jour. C’est au crépuscule que tout le monde se  réveille pour chercher à manger. Et là (c’est quand même mal organisé), des qu’arrive le soir tous ces herbivores qui broutaient si tranquillement à l’ombre des arbres, ils deviennent tout tendus et se méfient de tout. Au moindre bruit, la moindre odeur, ils détalent comme des lapins (on ne mange pas beaucoup de lapins, c’est trop petit), ça nous complique l’existence exactement au moment où on voudrait qu’ils soient abordables et compréhensifs.  

On habite le Park Kruger entre Skukusa et lower Sabie. J’aime bien le coin, une belle rivière bordée de grands arbres longe notre territoire, il s’y passe toujours quelque chose.  C’est une région tellement riche en herbivores que les territoires de chasse n’ont pas besoin d’être très étendus, mais il faut faire attention, on a vite fait de se retrouver chez le voisin en poursuivant une bestiole et ça peut nous attirer des ennuis.

Une route et quelques pistes traversent notre domaine. Moi j’aime bien les pistes, on peut voir  les troupeaux de loin et le sable fin des bords est doux sous les pattes. Les routes aussi c’est bien, surtout le soir, en hiver quand le soleil a brillé toute la journée, la route conserve la chaleur, c’est agréable de s’y coucher pour faire une petite sieste.

Parfois, quand on s’étale comme ça sur les pistes et les routes, nous avons la visite des  grosses tortues en fer. Nous, ça nous fait rien (même si parfois elles font du bruit, sentent mauvais et se rapprochent un peu trop) mais comme ce n’est pas dangereux et que ça ne se mange pas, nous n’y faisons pas attention. De toute façon, elles rentrent dans des réserves fermées des que le soleil se couche et là on est tranquille jusqu’au matin pour casser la croute.

Cette nuit, on a mangé du buffle, c’est mon menu préféré parce qu’il y en a pour tout le monde, même les bons morceaux. Mais ils ne laissent pas faire, ils restent tous groupés, pas moyen de les séparés les uns des autres, agressif avec ça, tu les laisses faire et ils t’écrabouillent comme une crêpe. Moi je préfère chasser des herbivores moins agressifs, les zèbres, les gnous, surtout quand ils sont très jeunes, vieux ou blessés, c’est plus facile. Je suis sûr que, même moi, je pourrai en attraper un.

C’est maman qui a attrapé le buffle. Je n’ai pas fait grand-chose, j’ai couru un peu dans tous les sens pour les rabattre et semer la panique, mes tantes en ont séparé un, maman lui a sauté sur les fesses pour le faire tomber et, quand il n’y a plus eu de danger, on lui a tous sauté dessus pour le finir.

Mais hier, j’ai moins rigolé, maman m’a dit qu’il allait falloir commencer à penser à mon avenir. Elle a eu une discussion avec papa qui trouve que j’ai bien grandi et que je suis devenu arrogant. Ça ne lui plait pas, ça lui fait de l’ombre et il aimerait que j’aille voir ailleurs si les filles sont jolies. Moi, ça ne me dit rien de partir, je ne me sens pas prêt à devenir un lion errant mais je ne vais pas avoir le choix, sinon papa va me mettre à la porte manu militari et  cette perspective ne m’enchante pas du tout. Je vais donc envisager la chose, essayer de me trouver un coin libre et tranquille pas trop loin, si possible avec un cousin histoire de partager le quotidien.

Par contre, l’idée de me trouver une ou deux copines commence à me travailler sérieusement……